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La mise en scène de l’espace.

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Je me demande pourquoi Thomas Pesquet, un type intelligent et sympathique, a passé son temps dans l’espace à photographier la Terre. Il aurait pu braquer son appareil dans l’autre direction! Les planètes, la Voie lactée, les étoiles doivent être extraordinaires depuis la Station spatiale internationale (ISS)… Ce voyage si médiatisé, relayé sur Twitter et Instagram, relève plus de la super-opération de communication que de la mission scientifique. Thomas Pesquet, qui est ingénieur, n’a pas vraiment fait de la recherche là-haut.

D’autres vont se charger d’interpréter ses manipulations. En réalité, aucune n’a de caractère exceptionnel. A l’exception de la pesanteur, la plupart des conditions spatiales (rayonnement solaire, irradiations) peuvent aujourd’hui être reproduites en laboratoire sur Terre. La contribution réelle de l’ISS à la science reste limitée. Le retour sur investissement est faible par rapport aux sommes dépensées. On apprendrait, par exemple, infiniment plus de choses sur l’origine du Système solaire en mobilisant des fonds pour envoyer une sonde dans l’atmosphère de Saturne.

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Un intérêt plus stratégique

Ces séjours médiatisés de spationautes ont en revanche un intérêt stratégique : ils servent à justifier la présence dans le ciel de l’ISS, cette machine énorme qui a coûté 150 milliards d’euros. Avec cette somme colossale, les astrophysiciens du monde entier auraient peut-être déjà pu répondre à une interrogation vertigineuse : y a-t-il de la vie dans le Système solaire? A l’origine, la station spatiale avait été imaginée comme un point de départ pour aller explorer Mars et tout le Système solaire. Mais le véhicule est resté à l’arrêt. Son intérêt n’est plus scientifique : c’est une manière de maintenir au sommet les activités des industries de défense.

Je ne dis pas que l’exploration du Système solaire ne sert à rien. Je fais même l’hypothèse que nos prochaines aventures spatiales seront motivées non seulement par un but scientifique mais industriel : l’exploitation des ressources minières que pourraient représenter les astéroïdes par exemple. La salve d’applaudissements à l’arrivée de Thomas Pesquet a réveillé mes frustrations d’amoureux de l’espace. L’homme est capable de faire un rêve bien plus merveilleux que celui de tourner autour de la Terre.

Par Olivier Mousis, professeur d’astrophysique à l’université Aix-Marseille

Source : lejdd.fr (article : « Thomas Pesquet, de la communication plutôt qu’une mission scientifique », 5/06/17)

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