Accueil Société Faut-il dépeupler la planète ?

Faut-il dépeupler la planète ?

37

Que vaut la théorie du pasteur protestant anglais si on la confronte à notre planète aujourd’hui. Une écofiction de Sylvie Brunel.

Imaginons le retour de Thomas Robert Malthus, ce pasteur protestant anglais auteur de l’Essai sur le principe de population, un livre resté d’actualité bien qu’il ait été publié en… 1798. Confronté à la grande misère des campagnes anglaises, il y édictait une loi démographique implacable : « L’accroissement de la population étant sans fin si nul obstacle ne vient la limiter, il butte inéluctablement sur la limitation des moyens de subsistance. Il faut donc, pour être conséquent, ne pas contrarier la nature, mais favoriser au contraire la mortalité qu’elle fait naître » (livre IV, chapitre v). Accepter l’existence de régulateurs pour limiter le nombre des pauvres ? Gageons qu’avec de tels propos notre bon vieux Malthus serait aujourd’hui une star des médias.

Ce que Malthus n’avait pas envisagé, c’est la force de l’ingéniosité des hommes lorsqu’ils sont confrontés à l’adversité.

Tels nos modernes prophètes de l’apocalypse, on l’inviterait sans se lasser… Malthus n’a cessé en effet de faire des émules, donnant naissance à un courant de pensée, le malthusianisme, qui fait toujours recette, quand bien même il a été régulièrement démenti par l’histoire. Dans les années 70, l’agroéconomiste Lester Brown prédit que l’Asie va inéluctablement basculer dans la famine généralisée. Le Club de Rome annonce, lui, l’épuisement des réserves de gaz et de pétrole pour le début des années 90. Aujourd’hui, la dramaturgie de l’empreinte écologique nous ressasse que la terre vit au-dessus de ses moyens. Pourtant, entre le moment où Malthus publiait son Essai et aujourd’hui, la population a été multipliée par sept. Et les 7 milliards d’aujourd’hui vivent près de deux fois et demie plus longtemps (soixante-dix ans) que le milliard du XVIIIe siècle (trente ans) !

18463477

Pour Malthus, « le droit d’être nourri ne peut appartenir à tous ». Olivier De Schutter, le rapporteur des Nations unies sur le droit à l’alimentation, est de l’avis exactement inverse : partout où les gouvernements font de l’alimentation des pauvres une priorité et soutiennent leurs paysans, la faim recule. En moins d’une génération, 2 milliards d’hommes ont changé de statut et font désormais partie des classes moyennes…

C’est exactement ce que redoutait Malthus, lui qui n’hésitait pas à proclamer que, « si les pauvres avaient droit à être nourris et entretenus, nul homme ne pourrait sans injustice porter un habit de bon drap et manger de la viande à sa faim » (livre V, chapitre ii). Pour certains, la planète est en danger parce que les Chinois et les Indiens aspirent au niveau de vie occidental. Ils en voient la preuve tangible dans le changement climatique.

Pourtant, Indira Gandhi disait que c’était la pauvreté qui représentait la plus grande forme de pollution : mieux on vit, plus on améliore son cadre de vie. Et ceux qui cessent de manger de la viande pour résoudre les problèmes alimentaires de l’humanité oublient que la production de céréales s’adapte à la demande solvable : si elle était privée des débouchés animaux, elle ne se réorienterait pas vers les pauvres, mais s’effondrerait au contraire, suscitant plus de faim encore.

Ce que Malthus n’avait pas envisagé, c’est la force de l’intelligence, de l’ingéniosité des hommes lorsqu’ils sont confrontés à l’adversité. Si l’agriculture productiviste a permis hier de nourrir plus d’hommes sur moins de terres, elle se veut désormais écologiquement intensive pour apporter des réponses durables à la question environnementale. La planète n’est pas livrée à une course sans fin entre population et ressources, mais à l’enjeu de faire vivre décemment 10 milliards d’hommes en voie de vieillissement. La réponse réside dans la démocratie, la coopération et le progrès, non dans la ségrégation, les murs et le mépris.

Source : http://lexpansion.lexpress.fr (article « Et si Malthus revenait ? », 7/06/13)

Charger d'autres écrits dans Société
Les commentaires sont fermés.

Consulter aussi

Réchauffement climatique et géo-ingénierie.

Des scientifiques appellent à une gouvernance mondiale de la géo-ingénierie. Lutter contre…